JUSQU'OU ALLER PLUS LOIN ?

«J'ai envie de progresser encore. Je veux essayer d'aller voir plus loin. Je ne sais pas si je vais y arriver, mais je vais essayer encore. La technique n'est pas parfaite, rien n'est jamais parfait. Ce n'est jamais fini ! Sauf à partir du moment où vous pensez que vous êtes bon. Alors là, oui, c'est fini. Maintenant c'est une recherche de sensations, pour essayer de se détacher de la matière et du moment. Eviter les appels, trouver le détachement, ne plus avoir l'envie de faire mal... Une forme de décontraction qui permet d'aller plus vite, d'entrer plus efficacement dans la distance. Ce n'est pas une posture mentale, c'est de la relaxation. Arriver à trouver une tension interne, et non pas une contraction. Recherche de vitesse maximum : le seul moment de verrouillage doit être à l'impact. On cherche l'engagement total, même si on sait bien que c'est impossible...»

MA COMPÉTITION

«J'aimais la compétition, mais sans être un fana de ça. Je préférais le contact fort... Mais j'étais sur le tapis dans la position de l'instructeur et j'avais le sentiment qu'il fallait que je prouve. En plus à ce moment-là, on avait tendance à dire : « Lavorato, c'est les kata ». Ce n'était pas de ma faute, si je les avais appris! Pour nous, la compétition était accessoire. Les entraîneurs nous préparaient deux, trois mois à l'avance, en combat comme en technique. Maintenant c'est une spécialisation. Mais je suis contre la comparaison et je ne prétends pas savoir ce que doivent faire les gens. Je revendique une seule chose, le droit pour chacun de pratiquer dans la direction qu'il a envie.»

UNE PASSION EXCLUSIVE

«Pendant longtemps, j'ai eu du mal à accepter chez les gens le manque de discipline, le manque d'engagement. Pour moi il y avait un travail à accomplir selon certains principes, c'était tout. Je crois que ma passion exclusive pour le karaté m'a longtemps un peu coupé des autres, des situations de la vie. Aujourd'hui, je n'attends rien des gens, j'accepte tous les types de pratique, je comprends les difficultés que chacun rencontre et j'apprécie simplement de voir de l'énergie consacrée au karaté... Même si je suis encore un peu troublé par ces gens de talent qui renoncent à le cultiver... Mais chacun est libre de son choix. Si la passion du karaté m'a un peu coupé des autres pendant un temps, c'est le karaté qui m'a permis, finalement, de mieux entrer en relation avec eux.»

ÉTEINDRE LE FEU INTÉRIEUR

«Ma passion pour le karaté, au début, a été un refuge, peut-être. Au fur et à mesure de ma pratique, le karaté-do est devenu un guide, une manière de vivre. Aujourd'hui, la vie de tous les jours et le karaté c'est la même chose pour moi. Le karaté fait partie de tous les moments et de tous les instants. Et il m'a changé, modestement. C'est petit à petit, je m'en aperçois avec le recul du temps, que ma réaction devant les choses a évolué. Je ne m'énerve plus vraiment. Et si quelque chose fait impression sur moi, dans la minute qui va suivre, j'aurais éteint le feu intérieur, j'aurais fait un retour. On ne va pas appeler ça la sagesse, mais, disons, un peu de calme intérieur. Je suis plus serein.»

LE KARATÉ-DO NE PEUT PAS MOURIR

« Le karaté qu'on a fait nous, cela ne mourra pas. Il y aura toujours des gens pour pratiquer de cette façon. On n'a pas besoin d'être des milliers ! Je n'ai peur de rien. Même si c'est du bouche-à-oreille, même si c'est avec un tout petit noyau... Cela ne mourra pas. Le groupe de professeurs, dont je fais partie, sont tellement attachés à cette recherche, à cette pratique, qu'ils continuent à travailler, à enseigner à certains de leurs élèves de la façon dont nous avons appris. Et je ne dirai jamais que les gens qui font de la compétition ne rentrerons jamais dans le karaté-do un jour. On peut très bien vivre en harmonie totale, les uns à côté des autres, sans que cela ne change rien. »

LE DOJO ET LA MAISON

«J'ai été élevé par ma grand-mère, une femme qui a eu onze enfants et qui a élevé cinq petits-enfants jusqu'à leur majorité. Je suis issu d'une famille d'ouvriers et j'en suis fier. Cela m'a permis d'apprendre à me battre et surtout de savoir ce que sont les valeurs. Il y a des gens, comme ma grand-mère, qui ne font pas d'arts martiaux, mais qui ont une tenue, un vrai respect des autres. Alors pour moi, le dojo c'est comme à la maison. Si vous entrer sur un tapis avec vos chaussures, c'est un peu comme si vous montiez sur votre lit avec !»

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