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Home > Sensei Lavorato > Karaté Magazine - Oct. 2003
 
UN VOYAGE

«En 1966, nous voilà parti avec Nanbu, Dominique Valéra, Alain Setrouk, Patrick et Jean Robert Baroux, Philippe Ficheux et moi. Il fallait vraiment avoir envie d'aller voir la terre promise... On a sollicité nos parents, réclamé de l'argent partout et on a acheté une traction familiale. La voiture a rendu l'âme dans les environs de Moscou. On l'a abandonnée sur la Place Rouge. Après ça on a pris l'avion, le transsibérien, puis le bateau pendant deux jours pour arriver à Nagoya ! Le voyage a duré dix jours. On campait, on dormait dans la voiture, ou à cinq dans une chambre d'hôtel pour deux personnes. On a eu la chance de côtoyer des grands maîtres comme Gogen Yamaguchi, maître Oyama et bien d'autres. On s'entraînait partout dans les dojos, face à tous les styles. Les Japonais nous attendaient sur le physique, mais Valéra, et moi nous faisions du footing pratiquement tous les jours, deux heures de sac, trois heures de combat... À cette époque on était plutôt affûtés !»



KASE, LE RÉVÉLATEUR

«C'est moi qui suis allé chercher maître Kase. Je le ramène à la montagne Sainte-Geneviève, on lui sert une bière et on me présente comme le meilleur élève, le capitaine de l'équipe de combat et l'entraîneur du dojo. À cette époque j'étais déjà en équipe de France. Maître Kase me dit : "Tu as ton kimono ? On va s'entraîner". On descend au dojo, il me salue : "Jyu-kumite !". Pas d'échauffement, rien ! On a combattu pendant trois quarts d'heure, et je n'ai pas vu le jour. À la fin il me dit : "Les jambes, ce n'est pas ça". Pendant deux heures sans souffler, j'ai fait des techniques de jambe. J'ai cru que j'allais exploser. Il était là pour quinze jours... J'étais tout seul avec lui le matin pendant deux heures, l'après-midi deux heures, et le soir avec tout monde pendant deux heures encore. En quinze jours de temps, j'ai perdu huit kilos. La nuit, je n'arrivais plus à dormir tellement j'étais excité d'entraînement. J'avais droit à tout : combat, kata, travail technique, et j'en redemandai! Il a fini par venir s'installer en France en 1967. Je suis devenu son premier élève. Et encore maintenant, 35 ans plus tard, je suis toujours son élève. »



LE COMBAT ET LE COUP D'OEIL

« Le combat, c'est essentiel. Il faut combattre. Tous les jours. Et même quand on est vieux, qu'on ne peut plus combattre, il faut travailler à deux. Parce que tout le monde parle de concentration mentale mais le plus important c'est le coup d'oeil. La concentration visuelle. Il faut aiguiser le coup d'oeil.»

DÉTENIR LA VÉRITÉ

«Je ne suis pas un maître. Ceux qui ont envie de ce mot-là, c'est qu'il est dans leur tête. La valeur ne s'auto-proclame pas, c'est dans le regard des autres, qu'on peut être un maître. Dans le karaté, un des problèmes c'est que beaucoup de gens pensent détenir la vérité. Moi je pense qu'on peut être plusieurs... Où alors personne! De toute façon, la vérité, ce n'est pas le problème majeur. Ce qui compte c'est de travailler! Je ne cherche pas la vérité de quoi que ce soit. Je cherche à approfondir, dans la réalité.»

L'ÉLÈVE ET LE PROFESSEUR

« Un professeur, c'est quelqu'un qui reste élève. Le bon élève est un bon pratiquant et le bon professeur est aussi un pratiquant. Pour moi il n'y a pas d'élèves ni de professeur.Il y a des pratiquants qui ont choisi d'entrer dans la discipline du karaté. La pratique, c'est la discipline commune. Tout le monde la partage.»

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